III. Des Hommes et des engins

A. 62 personnes pour 1 campagne

Cette campagne nommée "Arctic GAkkel Vents Expedition" (AGAVE) est organisée par le Woods Hole Oceanographic Institution (Etats-Unis) : c’est l’Ifremer américain !

48 hommes et 14 femmes de nationalités suédoises, norvégiennes, allemandes, américaines ou japonaises s'embarquent à bord de l'Oden pour une campagne de 40 jours. Il y a des scientifiques, des ingénieurs, des marins, des pilotes d'hélicoptère (le brise-glace Oden a son propre hélicoptère !), des étudiants, des cuisiniers, des informaticiens, des mécaniciens, un docteur, un météorologiste, des journalistes. 30 personnes pour faire fonctionner le bateau et 32 personnes pour étudier les profondeurs arctiques...


Ils sont partis de Longyearbyen au Spitzberg (Svalbard, Norvège) le 1er  juillet et sont revenus le 10 août 2007.


Pour les nourrir, tout a été prévu ! Le navire peut, en effet, stocker des provisions pour 2 voyages de 6 semaines : 600 kg de café, 4 000 oufs, 850 litres de lait et 1,5 tonnes de pommes de terre... Beaucoup de pommes de terre avec des recettes qui en ont étonné plus d'un ! 


B. 2 objectifs entre Espace et Grandes Profondeurs

  • Le 1er objectif est de développer et tester de nouveaux robots spécialement conçus pour intervenir sous les glaces : Puma et Jaguar. Drôles de noms pour des robots sous-marins !

Le développement de ce type de robot intéresse également l'agence spatiale américaine, la NASA (National Aeronautics and Space Administration), dans le cadre de l'exploration d'un océan glacé sur Europa, une des lunes de Jupiter. C'est pourquoi la NASA a financé le projet en partenariat avec le Woods Hole Oceanographic Institution.

  • Le 2ème objectif c'est de découvrir s'il y a réellement des sources hydrothermales et de nouvelles formes de vie autour d'elles.

C. De nombreux équipements pour une campagne unique

Rob Reves-Sohn, géophysicien et chef de mission de la campagne Gakkel raconte :

"Il a dix ans, je donnais le bain à ma fille de quelques mois qui s’amusait avec un petit sous-marin. Ce jouet a disparu sous la mousse et tout d’un coup j’ai eu l’idée : "C’est ça dont on a besoin – des robots submersibles". Eh oui ! Des robots autonomes capables d’aller sous la glace pour faire des recherches dans l’Océan Arctique..."

"L’idée d’envoyer nos véhicules 1 jour ou 2 sous la glace est terrifiante ! Quand les robots vont descendre à travers la glace et partir à plusieurs kilomètres du navire …on ne peut que prier pour leur retour !

Nous avons devant nous une occasion rare de découvrir un endroit de la planète où des mesures n’ont jamais été prises.

Nous allons donc apporter tout ce que nous avons en terme d’équipements de détection et de prélèvement car il est impossible de dire quand sera organisée une prochaine campagne.

On essayera de faire de notre mieux, mais il n’y a, bien sûr, pas de garantie de succès."

  • Le brise-glace Oden
    L'océan Arctique est couvert de glaces flottantes dont l'épaisseur varie entre 1 et 4 mètres. Il est donc impératif d'utiliser un brise-glace pour résister à la puissance écrasante de la glace et atteindre la dorsale.

Oden est par ailleurs employé pour mettre à l'eau la sonde CTD et les robots sous-marins : il casse la glace et utilise ses jets d'eau pour créer des trous.

  • La sonde CTD (Conductivity-Temperature-Depth)
    C'est le 1er instrument descendu en mer. La sonde CTD (Conductivity-Temperature-Depth) permet de prélever des échantillons d'eau de mer à des profondeurs pré déterminées. Cet instrument est appelé Rosette (en le regardant de dessus il ressemble à une rosette de cathédrale gothique). Un châssis autour de la CTD transporte jusqu'à 32 bouteilles en plastique et les scientifiques peuvent les fermer à distance pour prendre des échantillons d'eau.

La sonde CTD mesure également la température de l'eau - forcément plus élevée en présence de sources hydrothermales - et détecte la présence de particules issues des sources. Elle transmet ensuite ces données aux chercheurs restés à bord. Elle couvre rapidement une zone mais ne peut aller que dans des endroits accessibles par le navire, elle est en effet traînée derrière l'Oden.

  • Les robots autonomes Puma le "chimiste", et Jaguar le "photographe"
    Lors de cette expédition, l'équipe utilise deux robots autonomes, nommés Puma et Jaguar. "Autonome" suppose qu'une fois programmés à bord du navire et descendus dans l'eau via un trou dans la glace, ces engins accomplissent leur mission avec un minimum de communication. Après quelques heures, ils retrouvent un autre trou dans la glace et se font récupérer par le brise-glace.

Puma est déployé en premier.

C'est un chasseur de sources hydrothermales capable de détecter et d'analyser la nature des sources, la chimie et la température ainsi que la concentration des fluides. Puma est programmé pour intervenir dans n'importe quelle zone. Cependant, il faut 8 heures pour le descendre et le remonter du fond et parfois plusieurs heures pour le récupérer ! Il faut par ailleurs recharger ses batteries entre chaque mission.

 

Jaguar est envoyé après Puma.

Il s'immobilise au-dessus des sources hydrothermales pour cartographier la zone, photographier les sources et la vie sous-marine à proximité.

  • Le robot téléopéré Camper
    Ce boîtier en acier - environ 1,50 m de largeur, 2 m de longueur et 1,60 m de hauteur - pèse 2,8 tonnes.

Il est traîné derrière le brise-glace et descend au fond sur un câble ou un treuil. Il intervient après Jaguar et Puma dès que des sources hydrothermales sont localisées. Il est équipé d'une caméra et de lumières ainsi que de propulseurs pour le manouvrer et le placer au-dessus des sources.

 

Il prélève des échantillons de roches et est également équipé d'une « pelle » pour recueillir les animaux immobiles type palourdes et d'un « aspirateur » pour attraper des animaux qui se déplacent comme les crevettes.

 

Le prélèvement d'échantillons biologiques est très important car les scientifiques souhaitent extraire l'ADN de ces organismes pour le comparer à ceux issus d'autres sources hydrothermales et mieux comprendre l'évolution des espèces.

Interview de Hanu Singh, ingénieur robotique sous-marine sur la campagne Gakkel

Le brise-glace "Oden"
La sonde CTD mise à l'eau
Mise à l'eau du robot "Puma"
Le robot autonome "Jaguar"
Le robot téléopéré "Camper"
Un des ingenieur sèche les connecteurs de "Camper" avec le sèche-cheveux de sa femme !

D. Des oasis, oui ! Mais où ?

A la grande déception des chercheurs, aucune source hydrothermale n’a été découverte.

 

Cependant, les scientifiques ont accumulé des indices de leur présence. La sonde CTD a ainsi détecté dans une zone de grands panaches d'eau contenant des particules, des produits chimiques et de l'eau chaude. Le robot Camper a également filmé dans la même zone de l'eau opaque et une matière jaune constitué de microbes ou construite par des microbes qui couvraient des fissures au fond.


Une multitude de questions restent en suspens. Les chercheurs ont encore de nombreuses heures de travail dans leurs laboratoires à terre pour étudier les données collectées durant ces 5 semaines en mer. A suivre...

 

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