II. MONSTRES MARINS ET MYTHOLOGIE

A. Femmes et hommes poissons

Ulysse et les sirènes, peinture de vase à figures rouges, Grèce, 490 av. J.-C., The British Museum, Londres. Source : Musée Vivant du Roman d'Aventures / Muséum d'Histoire Naturelle de Lausanne
Ulysse et les sirènes, peinture de vase à figures rouges, Grèce, 490 av. J.-C., The British Museum, Londres. Source : Musée Vivant du Roman d'Aventures / Muséum d'Histoire Naturelle de Lausanne

 

LES SIRENES

 

Nous nous représentons souvent les sirènes comme des créatures dotées d'un corps de femme sur une queue de poisson. Pourtant, dans l'Antiquité, elles avaient l'apparence d'oiseaux à visage de femme, elles possédaient des serres puissantes ou des pattes de lion. Elles étaient dotées d'une belle voix et parfois jouaient d'un instrument de musique, elles étaient alors pourvues de bras.

 

Le mot "sirène" qui vient du latin siren et du grec seirèn aurait deux significations : "attacher avec une corde" (rappel de l'épisode d'Ulysse dans "L'Odyssée", cf. ci-dessous) ou "clair et sec" car ce serait par temps clair, sec et sans vent que les sirènes apparaîtraient le plus souvent.

 

Dans l'Antiquité, les marins devaient s'attacher au mât de leur navire pour ne pas être tenté de rejoindre les sirènes, leur chants fascinants visant à les attirer sur les écueils. Ce fut ainsi le cas d'Ulysse dans "L'Odyssée".

 

Les sirènes sont les filles du dieu-fleuve Achéloos (la filiation est moins assurée du côté maternel : les muses, .).

 

Elles sont associées, dès le départ, à la mort. Ainsi, les sirènes, femmes à corps d'oiseaux, apparaissent sur des vases funéraires ou sur des tombes grecs. Elles évoquent l'oiseau à tête humaine qui incarnait l'âme des morts en Égypte.

 

Les sirènes symbolisent également le dernier refuge des noyés : elles prennent soin des marins morts et les emmènent au fond des mers, là où les vivants ne peuvent se rendre.

Pour en savoir plus

  

Bibliothèque Nationale de France, http://gallica.bnf.fr/
Bibliothèque Nationale de France, http://gallica.bnf.fr/

LE "MONSTRE MARIN EN HABIT D'EVEQUE"

  
Le "monstre marin en habit d'évêque" est l'un des personnages fabuleux représenté dans un ouvrage de Guillaume Rondelet au 16ème siècle.

 

Le naturaliste raconte que ce monstre en habit d'évêque avait été présenté au roi de Pologne en 1531. Peu impressionné, il fit comprendre par certains gestes qu'il voulait rejoindre la mer. On l'y amena donc et il s'y jeta aussitôt.

 

Plusieurs hypothèses ont été émises pour tenter d'expliquer ce qu'était réellement cette créature. Ainsi, on a supposé que le poisson-évêque était un grenadier, poisson très présent dans les eaux norvégiennes : son museau allongé pouvant faire penser à la mitre épiscopale.

 

D'autres créatures semblables (moine-marin, phoque-moine) ont donné lieu à de nombreuses histoires fantastiques au Moyen Âge et à la Renaissance.

  

 

 

Qu'ils aient pour explications poisson, calmar ou phoque, il semblerait que ces récits ne soient pas dénués d'ironie envers le clergé catholique de l'époque.

 

Source : Rondelet, Guillaume. Libri de piscibus marinis, Reprod. de l'éd. de, Lugduni : apud Matthiam Bonhomme, 1554, p 494.
Bibliothèque Nationale de France, http://gallica.bnf.fr/
Source : Rondelet, Guillaume. Libri de piscibus marinis, Reprod. de l'éd. de, Lugduni : apud Matthiam Bonhomme, 1554, p 494.
Bibliothèque Nationale de France, http://gallica.bnf.fr/

LE ROI DES AUXCRINIERS


En littérature, le roi des Auxcriniers est l'un des personnages décrit par Victor Hugo dans "Les travailleurs de la mer". Il est représenté comme un monstre marin redoutable habitant la mer de la Manche.


Mi-homme mi-poisson, son allure est terrifiante : "Une tête massive en bas et étroite en haut, un corps trapu, un ventre visqueux et difforme, des nodosités sur le crâne, de courtes jambes, de longs bras, pour pieds des nageoires, pour mains des griffes, un large visage vert, tel est ce roi. Ses griffes sont palmées et ses nageoires sont onglées."
"Le Roi des Auxcriniers n'est visible que dans la mer violente". Il se tient tout entier hors de l'eau et comme un fou, entame une danse, à la vue d'éventuels navires en détresse. Il suffit de l'apercevoir pour faire naufrage aussitôt.

 http://expositions.bnf.fr/hugo/grands/250.htm

 

LES TRITONS


Triton est le fils d'Amphitrite (déesse des mers et fille de Nérée) et de Poséidon. Divinité de la mer à figure humaine et à queue de poisson, il est armé d'une conque dans laquelle il souffle pour apaiser les flots déchaînés.
Triton contribua à la victoire des dieux contre les Géants qu'il terrifia avec le son de sa conque. Il aida également les Argonautes, échoués par une énorme vague jusqu'en Libye, à reprendre la mer. On dit aussi que c'est à Triton que Zeus demanda de faire reculer les eaux du déluge.

 

A côté de ce dieu, existent des tritons qui apparaissent aux mêmes époques et dont l'apparence physique est la même, mais qui n'ont pas de légende et ne semblent jouer qu'un rôle décoratif. Ainsi, tandis que les Néréides escortaient Aphrodite et Amphitrite, Poséidon lui, était accompagné des tritons.

 

 

 

Sous l'Empire romain on assimile les Néréides à des êtres marins réels, les tritons étant l'équivalent masculin mythologique des Néréides. Les premiers naturalistes ne veulent pas admettre l'existence de ces semi-humains, mais Pline l'Ancien (écrivain latin), n'est pas de cet avis. Il raconte qu'un triton jouant de la conque a été vu dans une grotte et qu'un autre, dans l'océan de Cadix, a été observé montant à bord des bateaux et les faisant sombrer par sa seule présence.

 

Au 2ème siècle après J.-C., Pausanias (géographe et historien grec) croit également à l'existence des tritons, il les décrit portant des algues sur la tête avec un corps couvert d'écailles, une bouche édentée, des mains en forme de coquilles et des jambes en forme de queue de dauphin. Cette croyance perdurera jusqu'au début du 19ème siècle.

 

B. Scylla, la terrible aboyeuse

 

Dans "L'Odyssée" d'Homère, Ulysse doit regagner son royaume : l'île d'Ithaque (Grèce), il doit pour cela traverser le détroit de Messine. Il a le choix entre deux routes maritimes, mais sur les conseils de Circé, la magicienne, il évite la première car son vaisseau risquerait de se fracasser sur des récifs.

 

Circé lui recommande de passer par la deuxième voie bien qu'elle soit également pleine de dangers : cette route passe, en effet, entre deux rochers gardés par deux monstres : Charybde et Scylla. 

 

Charybde, fille de Poséidon, est un puissant tourbillon qui, trois fois par jour, engloutit les bateaux tandis que Scylla, nymphe changée en monstre marin, ressemble à un poulpe aux proportions étonnantes. Elle est décrite comme une "terrible aboyeuse"  avec la voix d'une petite chienne et possède douze pieds réduits à des moignons, six très long cous dotés chacun d'une tête effroyable dont la gueule est garnie d'une triple rangée de dents.


Devant ce dilemme, Ulysse préfère sacrifier six matelots à la voracité de Scylla plutôt que de se faire engloutir par Charybde.

 

Ainsi, aujourd'hui encore, l'expression "aller de Charybde en Scylla" continue d'évoquer un danger auquel on a échappé pour en rencontrer un autre plus grave encore.

Il existe bel et bien des tourbillons dans le détroit de Messine, près de la côte sicilienne, mais ils sont sans danger pour la navigation. Et en face se trouve un village italien nommé.Scilla !

 

C. Le Léviathan

Le "serpent de mer" d’après une gravure tirée d’Olaus Magnus
Source : Musée Vivant du Roman d'Aventures / Muséum d'Histoire Naturelle de Lausanne
Le "serpent de mer" d'après une gravure tirée d'Olaus Magnus
Source : Musée Vivant du Roman d'Aventures / Muséum d'Histoire Naturelle de Lausanne


Il s'agit d'un monstre marin, issu de la mythologie phénicienne, mentionné dans la Bible où il symbolise les forces du mal.


Il est décrit comme le plus terrible de tous, celui que seule l'épée de Dieu parviendra à tuer. Il possède un corps recouvert d'écailles, crache du feu et de la fumée sort de ses narines. Il est couramment représenté par un serpent de mer dont la longueur varie entre 6 et 75 mètres, mais il peut aussi être apparenté à une baleine ou à un crocodile.


"En ce jour, l'Éternel frappera de sa dure, grande et forte épée Le Léviathan, serpent fuyard, Le Léviathan, serpent tortueux ; Et il [l'Éternel] tuera le monstre qui est dans la mer." (Livre d'Isaïe)
 

D. Jonas et le "grand poisson"

 

Jonas était un prophète hébreu. Selon la bible, Dieu l'envoya à Ninive annoncer aux habitants la destruction de leur ville. Il lui désobéit et s'enfuit sur un bateau en direction de Tarsis. Durant le voyage, une terrible tempête se leva suite à la colère de Dieu. Les marins, tenant Jonas pour responsable, le jetèrent par-dessus bord. "L'Éternel fit venir un grand poisson pour engloutir Jonas, et Jonas fut dans le ventre du poisson trois jours et trois nuits" avant d'être régurgité.

 

Ce "grand poisson" fut souvent associé à une baleine bien que la Bible ne fasse nullement allusion à cet animal. On a également supposé qu'il pouvait s'agir d'un requin blanc ou d'un cachalot.

 

La suite >>>
Retour à la liste des dossiers documentaires >>>