Le Redoutable à La Cité de la Mer

1ère étape - le 26 juin 2000 : Le Redoutable retrouve la mer

Avant de rejoindre La Cité de la Mer, Le Redoutable doit subir une dernière révision et changer de lieu.

Lundi 26 juin 2000, 11H15 : René Nivez, chef de l’opération donne l’ordre à Denis Tiphaigne d’ouvrir les vannes. L’eau pénètre dans la forme 5 où Le Redoutable subit une transformation depuis 18 mois pour devenir un sous-marin visitable par le grand public. L’eau doit atteindre 7,50 mètres pour que l’objectif soit atteint.


13H00 : le bassin est rempli mais Le Redoutable ne flotte toujours pas. L’avant du navire commence cependant à bouger. Plusieurs hommes montent à bord. La grue relève la passerelle. L’arrière du sous-marin flotte enfin.

 

Le bateau–porte vide ses ballasts et gagne 1 mètre. L’eau du bassin Napoléon III s’engouffre dans la forme. Petit à petit, la porte s’écarte.

 

Les deux remorqueurs de la direction du port peuvent entrer à leur tour. L’un se place sur le côté, l’autre devant. Un petit pousseur dégage Le Redoutable. Lentement le sous-marin se place face à la sortie. Un câble est lancé du remorqueur Saire. Les marins courent sur le sous-marin, l’attrapent et l’arriment. Le long de la forme, les aussières sont dégagées. Le Redoutable peut enfin quitter la forme 5.


13h30 : Le Redoutable a définitivement quitté les lieux. A quai, il va subir une dernière révision avant de reprendre la mer le mardi 4 juillet…

2ème étape - le 4 juillet 2000 : Une opération millimétrée

En ce jour d’été un peu pluvieux, 70 hommes et la presque totalité des moyens nautiques de la base navale de Cherbourg sont mobilisés pour conduire Le Redoutable du port militaire à la darse de La Cité de la Mer.

En effet, l’entrée du Redoutable dans la forme additionne toutes les difficultés. Il faut amener le bâtiment en bout de cale tout en lui évitant de prendre de la vitesse. L’étroitesse de la porte rend l’opération délicate puisque le personnel ne dispose de chaque coté que d’une soixantaine de centimètres. Or, Le Redoutable, qui n’est plus en mesure de se diriger, pèse plus de 6 800 tonnes et mesure 130 mètres.


Mais c’est sans compter sur une mer d’huile et une marée ponctuelle.

 

« Un transfert unique et inhabituel »

Capitaine de vaisseau Alain Regard

 

8H30 : Le major général le capitaine de vaisseau Alain Regard, le commandant de la base navale le capitaine de frégate Poureau et le commandant de la direction du port, le capitaine de frégate Gaullier sont déjà sur le pont du sous-marin tandis que le major Lefeuvre s’apprête à les rejoindre.
 
Le remorqueur portuaire et côtier Fréhel, de 25 mètres de long en défense, 1 200 chevaux dans les machines et une capacité de traction de 12 tonnes, va constituer avec son sistership Saire, la garde rapprochée du Redoutable. A son bord, le maître Lemon, le premier maître Poligaré, le maître Boulay et le mécanicien, maître Brunet sont prêts.

 

Des bassins au Homet, la manœuvre a été maintes fois répétée depuis  plus de trente ans.

 

9H00 : L’appareillage commence. Le commandant du Fréhel, le premier maître Poligaré, lance les deux diesels. Le Fréhel vient se mettre à couple, sur flanc tribord, garde et les 2 aussières sont promptement capelées par le premier maître Ahmed, le maître Boulay et le quartier maître Binard, les « boscos ».


Le Saire vient de partir devant jusqu’à la présentation face à la darse. Il sera le « fléchard », le remorqueur de pointe.


Quatre pousseurs se répartissent autour du sous-marin, devant, derrière, à droite, à gauche.


Dans la baignoire du sous-marin, le pilote du port, le major Lefeuvre commande la manœuvre.


Cependant l’appareillage tarde car des chaudronniers de la DCN ont investi le pont du Redoutable. Ils entendent ainsi manifester contre les incertitudes qui planent sur l’avenir de l’atelier. Ils acceptent de débarquer à l’arrivée du directeur de la branche « Constructions neuves ».

9H40 : Le signal est donné par le pilote. Le déhalage commence à grands renforts de bouillonnements et d’écume entre pousseurs et coque inerte du sous-marin.


« Fréhel, arrière 2 », « Fréhel arrière 4 », « Fréhel, 2 seulement arrière »
 
En passerelle, les ordres tombent à la radio.


Devant, le Saire a raidi sa remorque.


A 0,2 nœuds, l’équipage franchit le pertuis du port et passe devant la cale n°3 où Le Redoutable a été construit, tandis que les ouvriers de l’arsenal se massent sur les quais afin d’admirer le symbole de leur savoir-faire.


Le Fréhel fait route machines avant 6, avec 2 nœuds affichés sur l’écran du GPS.


10H30 : Le Redoutable commence à casser son erre, cap plus franc vers la darse de La Cité de la Mer.

10H45 : Le Saire largue sa remorque et vient se positionner sur l’arrière du sous-marin. Aidé par des plongeurs, un autre câble d’acier est récupéré, qui aidera au positionnement du sous-marin.
«  Fréhel, avant 3 »
 
C’est le remorqueur Fréhel qui va guider les dernières centaines de brasses. Aidés par les pousseurs, le sous-marin se présente dans l’axe, se rapproche de la darse d’où apparait une vedette, câble du treuil de 10 tonnes qui va tracter Le Redoutable en remorque. Le sous-marin est bientôt arrimé sur les bites du pont avant.


La partie de la manœuvre la plus délicate commence. En effet, les rochers, au pied du quai se rapprochent.


« Larguez, Fréhel… »

11H15 : Les « boscos » libèrent les aussières.


« …Pilote de Fréhel, on est largué »


Le remorqueur s’écarte doucement.


« P1, P2, dégagez… », « 13, P15, dégagez »
Les pousseurs s’écartent à leur tour.


Le nez du sous-marin est maintenant engagé dans la darse, puis le kiosque.

Le plus difficile reste le passage des ailerons arrière même découpés, matérialisés par des drapeaux.


Le Redoutable pénètre dans la darse sans difficulté.


11H35 : Le Redoutable est enfin à poste.
 
« Merci à tous vous pouvez rentrer »


« Champion du monde, Chef »


On entend un concert de corne de brume et les ballons s’envolent dans les airs.

Un public conquis

Le grand jour est arrivé pour Le Redoutable.

Bien que les responsables du transfert du sous-marin n’aient pas prévu de grande manifestation populaire, le public peut néanmoins suivre toutes les opérations sur la jetée du port de plaisance Chantereyne, la jetée du Surcouf, le long de la plage verte ou encore en mer.

Pour que cette traversée reste une journée inoubliable, la Communauté urbaine de Cherbourg et la Marine Nationale ont souhaité que la navigation soit autorisée en petite rade. Tout ce qui flotte est invité à accompagner le sous-marin. Les marins doivent cependant respecter les distances de sécurité : 50 mètres sur les côtés, 100 mètres derrière et 150 mètres devant.


De même, pour des raisons de sécurité, le public ne peut pas assister à l’entrée du Redoutable dans la darse. Deux milles ballons seront donc lâchés au moment de l’entrée du sous-marin pour le prévenir de l’arrivée du Redoutable à « bon port ».


« Ce souvenir, je le garderai pour toujours dans mon cœur »
 Fanny, élève de Tourlaville

Sous la grisaille et le crachin, le public est au rendez-vous. Tout au long de son ultime voyage, Le Redoutable est accompagné par une flottille d’embarcations de toutes sortes. Remorqueurs, pousseurs, vedettes, voiliers, chaloupes, engins pneumatiques, kayaks de mer et même les petits Optimist des enfants de l’Ecole de voile honorent le grand navire noir.
 
Les passagers du ferry Normandie, massés sur le pont attendent le spectacle.


Les autorités locales et de nombreux sous-mariniers, ingénieurs, techniciens et ouvriers ayant participés à la grande aventure sont également présents.


Les dix-neuf commandants du Redoutable sont invités et peuvent suivre les opérations à bord d’une chaloupe.


« Je suis très  content que ce soit aujourd’hui, ici à Cherbourg, que Le Redoutable termine sa vie,

son existence, pour être un musée » Amiral Louzeau

Conclusion

En ce 4 juillet 2000, tout n’est pas terminé pour autant pour Le Redoutable.

Il reste à échouer le sous-marin sur sa ligne de tins.

Et refaire l’opération deux fois par jour, jusqu’à la fermeture de la darse par des palplanches et son assèchement. C’est sans compter sur les variations dues aux marées.


René Nivez et son équipe reprennent les travaux d’aménagement intérieurs. Les passerelles sont installées, ainsi que l’éclairage. Les peintures et les ultimes transformations sont effectuées.


« C’est sans aucun doute mon meilleur souvenir professionnel » René Nivez


Le Redoutable quitte définitivement la mer avant d’accueillir au printemps 2002 les premiers visiteurs de La Cité de la Mer et être le premier sous-marin nucléaire visitable au monde.