IV. Un point sur l’eau de mer profonde

L’eau profonde se forme dans l’Atlantique Nord, essentiellement en mer de Norvège et en Antarctique surtout en mer de Wedell.

Dans ces zones, l’eau de mer se refroidit et, plus dense, plonge vers le fond. Elle se déplace ensuite très lentement sous l’effet des courants de densité (circulation thermohaline). Cette eau froide (la température de l’océan est stable en dessous de 1000 mètres : 4°C), est très peu polluée et riche en éléments nutritifs. Considérée avec intérêt depuis des dizaines d’années pour son utilisation dans un système de production d’énergie d’origine marine (énergie thermique des mers), elle trouve maintenant de nouvelles utilisations. Certaines sont bien au point, d’autres font encore l’objet d’études mais le marketing est déjà bien développé….

 

A. Utilisations dans les domaines de l’agriculture, de l’élevage, de l’industrie…

  • La production d’additifs alimentaires à base d’algues
  • L’agriculture

Le refroidissement du sol par des canalisations d’eau de mer condenserait l’humidité atmosphérique ambiante au pied des racines des plantes. Le maintien d’un écart de température entre les racines et les feuilles des plantes  (conditions printanières) provoquerait une stimulation continue de la pousse. Cette application est étudiée au Natural Energy Laboratory of Hawaii Authority (NELHA).

  •  La production de sel

Peu rentable avec de l’eau surface, la production de sel, activité liée au Japon, le devient avec de l’eau de mer pompée en profondeur. Le sel est ensuite vendu à des fabricants de produits alimentaires (chips, frites…).

© La Cité de la mer
  • L’aquaculture

L’eau de mer profonde est riche en nutriments, très stable du point de vue des caractéristiques physico-chimiques et dénuée d’agents pathogènes, donc bien adaptée à l’aquaculture. Elle commence à être au point pour l’élevage de morues en Norvège et elle est développée au Japon (crevettes, saumon). La truite, le carrelet, l’ormeau et certaines variétés d’huîtres sont également concernés.

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Les revenus supplémentaires pour les centres d’élevage de poissons et de crustacés ou de production d’algues (pour des industries pharmaceutiques comme Cyanotech qui commerce la spiruline) utilisant cette eau pourraient être supérieurs à ceux générés par la vente de l’électricité.

  • L’industrie

L’eau est utilisée dans le cadre du refroidissement des centrales thermiques.


Par ailleurs, les petits états insulaires en développement (PIED) rencontrent souvent des problèmes dans la fourniture d’électricité, en raison de leur manque de ressources naturelles. En janvier 2005, dans le cadre de la Foire des innovations insulaires du Community Vilaj, l’Institut de l’Energie Océanique de l’Université de Saga (IEOUS) au Japon a présenté un modèle réduit de son Cycle Uehara, qui est le plus performant en matière de Conversion d’énergie thermale océanique (CETO).

 

Le principe du système CETO est le suivant : il convertit l’énergie thermale créée par la différence de température entre l’eau en surface (de 25 à 30°C) et celle qui se trouve à 800 mètres de profondeur (de 5 à 8°C) en électricité. Par ailleurs, le Cycle Uehara, qui est un système hybride, dessale l’eau de mer pour offrir une fourniture d’eau fraîche quasi-intarissable.

  •  La réfrigération des bâtiments

L’eau de mer à la sortie de la centrale reste froide (10°C). Elle pourrait assurer la climatisation des bâtiments aussi efficacement que les méthodes classiques et à des coûts inférieurs.


B. Utilisations de "confort"

La consommation d’eau douce issue des profondeurs provoque un véritable engouement dans certains pays développés. Ainsi, sur la côte-est du Japon, à Muroto, un pipeline aspire 4 000 tonnes d’eau à 330 mètres de profondeur. Le responsable de la société Deep Sea Water spécialisée dans la commercialisation d’eau profonde en bouteilles explique qu’à la différence de l’eau de surface, l’eau pompée en profondeur est pure car sans bactéries. Et c’est un véritable succès au Japon : sur les 10 eaux les plus vendues, 3 sont issues de l’eau profonde. Leur prix est pourtant beaucoup plus élevé : 4 € la bouteille d’eau profonde contre 1 € pour la bouteille "traditionnelle".

 

L’eau de mer issue des profondeurs est également vantée pour ses vertus thérapeutiques (lutte contre la fatigue, les affections nasales) et est utilisée dans la cosmétique et la thalassothérapie.

  • La cosmétique

En cosmétologie, l’eau de mer aurait des capacités reminéralisantes, anti-infectieuse, anti-stress, anti-douleur et revitalisante.

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  • La thalassothérapie

L’intérêt pour les vertus de la thalassothérapie s’étend à la fin du 19e et début du 20e  siècle, avec les travaux de René Quinton, physiologiste français (1866-1925).

Après avoir analysé la proximité de l’eau de mer avec la composition du plasma sanguin, il a appuyé l’hypothèse selon laquelle la vie est née dans l’eau de mer et a mis au point le plasma de Quinton, sérum injectable, qui rétablit le métabolisme perturbé des nourrissons. Il a créé des dispensaires marins où ont été soignés avec succès des nourrissons atteints de déshydratation aiguë.

C. Pays concernés par l’exploitation de l’eau de mer profonde

 

L’eau de mer profonde et son utilisation ne concernent pour l’instant que les pays développés : Japon, Etats-Unis, Norvège, Corée et sans doute bientôt la Chine et l’Inde.


Le Japon est le premier pays à avoir étudié, à la fin des années 70, les potentialités de l’eau de mer issue des profondeurs. Il a été suivi par Hawaï, actuellement deuxième producteur d’eau profonde.

 

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