BACTERIES DES ABYSSES


Introduction

 

Loin des idées reçues, l'apparition de la vie n'est sans doute pas si exigeante qu'elle y paraît. Alors que la lumière, l'oxygène, ou l'eau faisaient figures de critères indispensables au développement de toute forme de vie, l'observation des milieux extrêmes incite à relativiser les "conditions uniques" dans lesquelles sont apparus les premiers microorganismes. Ainsi, la vie ne cesse de surprendre en colonisant les milieux les plus insolites et hostiles de la planète.


Charles Darwin fut l’un des précurseurs dans l’observation des organismes vivants des environnements extrêmes. Au cours d’un voyage en Amérique du sud, où il visitait un grand lac salé, il remarqua que l'eau arborait une couleur rougeâtre. Après analyse, cette couleur s’avéra être liée à la présence d’un grand nombre de petits organismes vivants : "Lacs d’eau saumâtres ou sources minérales d’eau chaude, profondeurs de l’océan, régions supérieures de l’atmosphère, surface des neiges éternelles ; partout on trouve des être organisés". Et Darwin ne s'était pas trompé…

 

Le milieu abyssal, où règnent le froid, l'obscurité et une très forte pression, couvre 307 millions de kilomètres carrés soit les deux tiers de la surface du globe. Il a longtemps été considéré comme un quasi-désert mais il y a une trentaine d’années, les océanographes ont découvert des oasis de vie au milieu de paysages semi-désertiques.


Un intérêt industriel

 

Ces microorganismes, dits "extrêmophiles" présentent, outre leur intérêt écologique évident, l’avantage de fonctionner dans des conditions extrêmes. Une aptitude qui se révèle être un véritable atout dans le domaine des biotechnologies. En effet, de nombreux procédés industriels se déroulent dans des conditions de température, de pression ou encore de pH extrêmes, or les bactéries ou enzymes utilisées traditionnellement ne sont actives que dans un domaine restreint de conditions de température, pression…

 

© Protéus

 

Les sources hydrothermales font donc figures de véritables gisements potentiels de molécules originales pour de nouvelles applications industrielles. Et ceci aussi bien dans le domaine de la biologie moléculaire que dans les biotransformations à haute valeur ajoutée.

© The Stephen Low Company
Photo prise avec une caméra IMAX, lors d’une plongée du sous-marin "Alvin"

Photo prise avec une caméra IMAX, lors d’une plongée du sous-marin "Alvin"

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Un écosystème extrême

 

Les microorganismes appelés "extrêmophiles" sont spécifiquement adaptés à des milieux écologiques particuliers où ils se développent activement alors qu'ils ne survivent pas dans des conditions "ordinaires".

 

Il en existe différents groupes. Tous sont répartis en fonction des paramètres physiques (pression, température...) ou chimiques (salinité, acidité...) extrêmes pour lesquels leur croissance est optimale.

 

Les premières observations d'espèces thermophiles (espèces adaptées aux hautes températures) sous-marines eurent lieu en 1977 et 1978 lors de campagnes océanographiques américaines et françaises sur la ride Est-Pacifique. Les scientifiques ont découvert des écosystèmes hydrothermaux sous-marins à plus de 2 500 mètres de profondeur. Un phénomène encore inconnu jusque-là. A la surprise générale, des communautés d’organismes prolifèrent autour de ces sources hydrothermales. Vers immenses au panache rouge vif, grands bivalves et crustacés semblent parfaitement s'acclimater au noir absolu, aux températures et aux pressions extrêmes, tout comme ils semblent indéniablement tolérer une faible teneur en oxygène...

 

 

 

 Nous remercions chaleureusement M. Lucien Laubier, Directeur de l'Institut Océanographique de Paris et Professeur à l'Université de Méditerranée (Centre d’Océanologie de Marseille - Observatoire des Sciences de l’Univers -), pour sa disponibilité et ses conseils avisés.

 

 

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